Vieux réac !
17 avril 2009 10:24 Par : T
Parmi les choses qui m’agaçent terriblement, il y a les passages obligés, les poncifs, les pleurnicheries consensuelles, la sanctification post-mortem automatique.
La dernière en date concerne le décés de Maurice Druon, sur lequel il est obligatoire de s’extasier et de pleurer abondamment. Mais il ne faut pas oublier que c’était un vieux réactionnaire pas franchement ouvert ni exemplaire. À la production empesée et à remettre dans son contexte, car aujourd’hui, il serait surtout considéré comme verbeux et lourd. Et comme un ministre de la Culture lamentable, digne d’un gouvernement sarkozyen.
J’ai été pas mal soûlé par l’avalanche d’hommages succincts, généralement se contentant de rappeler sa production des Rois Maudits, sa parenté avec Joseph Kessel (comme si on pouvait porter au crédit d’une personne une parenté « glorieuse » qui n’est, par définition pas un « fait d’arme » mais juste une conséquence du hasard), voire survolant le sujet de façon puérile et niaise en citant juste les paroles du fameux Chant des Partisans… dont il ne faudrait pas oublier que c’est essentiellement une adaptation d’une œuvre pré-existante, en russe, pour être précis ! Où sont la création et le génie là-dedans ? Moi, je ne les vois pas. C’est pourtant sa « création » la plus louée. Comme quoi…
Heureusement, un article chez Libé présentait un portrait du personnage, dont il ne faut pas nier l’importance, mais dont l’adulation aveugle devenait odieuse. Alors, merci Laurent Joffrin, de rappeler que Maurice Druon, était aussi (surtout ?) un vieux réac, bien que jeune résistant (le 15/04/2009 à 06H52).
En même temps, quelqu’un d’aussi unanimement encensé par sarkozy, fillon et alliot-marie et, pire encore, considéré comme un ami par darcos, ne peut pas être quelqu’un de vraiment bien.
Je laisse donc la parole à Laurent Joffrin, bien plus indulgent que moi (et dont je corrige quelques fautes au passage) :
Reuters/Régis Duvignau
C’est la mort d’un vieux réac au fond très respectable. Écrivain doué mais académique, gaulliste tendance archaïsme, ministre de la Culture calamiteux et essentiellement passéiste, Maurice Druon, pendant l’essentiel de sa vie publique, a symbolisé un certain ordre pompidolien, un peu ganache, un peu censeur. Il s’était, si l’on peut dire, rattrapé avant.
Provoquant. Prix Goncourt en 1948 pour les Grandes Familles, il est sous la IVe et la Ve Républiques, écrivain engagé sur la droite du gaullisme. Auteur populaire, père de la saga historique des Rois Maudits, transformée en série télévisuelle à l’immense succès, il est nommé ministre de la Culture par Georges Pompidou, successeur scrogneugneu et pâlichon d’André Malraux ou de Jacques Duhamel. Sarkozyen avant l’heure, il cultive le style provocant qui plaît à la droite profonde tout en faisant enrager la gauche culturelle. Dans la France de l’après-68, le monde de la création est d’humeur révolutionnaire. Le ministre s’en offusque et fustige: «Ceux qui viennent à la porte du ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir.» La menace de censure contenue dans la formule, qui s’exercera finalement assez peu, suscite l’ire de Roger Planchon, de Jean-Louis Barrault ou d’Ariane Mnouchkine. Le monde la culture manifeste contre lui. Maurice Clavel l’avait déjà assassiné en écrivant que la présence de Druon rue de Valois devrait logiquement se prolonger par celles de Guy Lux à l’Élysée et de Léon Zitrone à Matignon.
Élu par la suite député, de 1978 à 1981, il se reconvertit dans l’immortalité (qu’on avait crue jusqu’à hier advenue) en devenant secrétaire perpétuel de l’Académie française, où il siégeait depuis 1966. Il se distingue encore par son sens de la tradition, notamment en luttant avec énergie contre la féminisation des mots et pour la reconstruction du palais des Tuileries.
Pourtant, Maurice Druon restera dans la mémoire pour autre chose. Il a sans doute épuisé précocement son capital de lucidité et de panache. Il avait beaucoup mieux commencé. Neveu de Joseph Kessel, rejeton d’une famille glorieuse et anticonformiste, il commence sa vie sous ces auspices qu’il démentira plus tard. Jeune officier de cavalerie, il participe à l’héroïque combat des cadets de Saumur contre la Wehrmacht, en juin 1940.
Hymne. Il s’engage ensuite dans la Résistance et passe à Londres avec son oncle Kessel. Il devient aide de camp du général de La Vigerie et participe aux programmes radiophoniques de la France Libre, «Honneur et Patrie». C’est alors qu’il écrit, avec Kessel, le Chant des Partisans, qui devient vite l’hymne des combattants clandestins. Pour la génération qui l’a connu homme politique, il symbolisait une certaine forme de réaction culturelle. Il a résisté avec acharnement à la modernité et au changement social. Mais il avait auparavant résisté avec panache à la pire barbarie. Certains font des erreurs de jeunesse. Il a surtout fait des erreurs de vieillesse. Voilà qui mérite l’indulgence…
La dernière en date concerne le décés de Maurice Druon, sur lequel il est obligatoire de s’extasier et de pleurer abondamment. Mais il ne faut pas oublier que c’était un vieux réactionnaire pas franchement ouvert ni exemplaire. À la production empesée et à remettre dans son contexte, car aujourd’hui, il serait surtout considéré comme verbeux et lourd. Et comme un ministre de la Culture lamentable, digne d’un gouvernement sarkozyen.
J’ai été pas mal soûlé par l’avalanche d’hommages succincts, généralement se contentant de rappeler sa production des Rois Maudits, sa parenté avec Joseph Kessel (comme si on pouvait porter au crédit d’une personne une parenté « glorieuse » qui n’est, par définition pas un « fait d’arme » mais juste une conséquence du hasard), voire survolant le sujet de façon puérile et niaise en citant juste les paroles du fameux Chant des Partisans… dont il ne faudrait pas oublier que c’est essentiellement une adaptation d’une œuvre pré-existante, en russe, pour être précis ! Où sont la création et le génie là-dedans ? Moi, je ne les vois pas. C’est pourtant sa « création » la plus louée. Comme quoi…
Heureusement, un article chez Libé présentait un portrait du personnage, dont il ne faut pas nier l’importance, mais dont l’adulation aveugle devenait odieuse. Alors, merci Laurent Joffrin, de rappeler que Maurice Druon, était aussi (surtout ?) un vieux réac, bien que jeune résistant (le 15/04/2009 à 06H52).
En même temps, quelqu’un d’aussi unanimement encensé par sarkozy, fillon et alliot-marie et, pire encore, considéré comme un ami par darcos, ne peut pas être quelqu’un de vraiment bien.
Je laisse donc la parole à Laurent Joffrin, bien plus indulgent que moi (et dont je corrige quelques fautes au passage) :

C’est la mort d’un vieux réac au fond très respectable. Écrivain doué mais académique, gaulliste tendance archaïsme, ministre de la Culture calamiteux et essentiellement passéiste, Maurice Druon, pendant l’essentiel de sa vie publique, a symbolisé un certain ordre pompidolien, un peu ganache, un peu censeur. Il s’était, si l’on peut dire, rattrapé avant.
Provoquant. Prix Goncourt en 1948 pour les Grandes Familles, il est sous la IVe et la Ve Républiques, écrivain engagé sur la droite du gaullisme. Auteur populaire, père de la saga historique des Rois Maudits, transformée en série télévisuelle à l’immense succès, il est nommé ministre de la Culture par Georges Pompidou, successeur scrogneugneu et pâlichon d’André Malraux ou de Jacques Duhamel. Sarkozyen avant l’heure, il cultive le style provocant qui plaît à la droite profonde tout en faisant enrager la gauche culturelle. Dans la France de l’après-68, le monde de la création est d’humeur révolutionnaire. Le ministre s’en offusque et fustige: «Ceux qui viennent à la porte du ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir.» La menace de censure contenue dans la formule, qui s’exercera finalement assez peu, suscite l’ire de Roger Planchon, de Jean-Louis Barrault ou d’Ariane Mnouchkine. Le monde la culture manifeste contre lui. Maurice Clavel l’avait déjà assassiné en écrivant que la présence de Druon rue de Valois devrait logiquement se prolonger par celles de Guy Lux à l’Élysée et de Léon Zitrone à Matignon.
Élu par la suite député, de 1978 à 1981, il se reconvertit dans l’immortalité (qu’on avait crue jusqu’à hier advenue) en devenant secrétaire perpétuel de l’Académie française, où il siégeait depuis 1966. Il se distingue encore par son sens de la tradition, notamment en luttant avec énergie contre la féminisation des mots et pour la reconstruction du palais des Tuileries.
Pourtant, Maurice Druon restera dans la mémoire pour autre chose. Il a sans doute épuisé précocement son capital de lucidité et de panache. Il avait beaucoup mieux commencé. Neveu de Joseph Kessel, rejeton d’une famille glorieuse et anticonformiste, il commence sa vie sous ces auspices qu’il démentira plus tard. Jeune officier de cavalerie, il participe à l’héroïque combat des cadets de Saumur contre la Wehrmacht, en juin 1940.
Hymne. Il s’engage ensuite dans la Résistance et passe à Londres avec son oncle Kessel. Il devient aide de camp du général de La Vigerie et participe aux programmes radiophoniques de la France Libre, «Honneur et Patrie». C’est alors qu’il écrit, avec Kessel, le Chant des Partisans, qui devient vite l’hymne des combattants clandestins. Pour la génération qui l’a connu homme politique, il symbolisait une certaine forme de réaction culturelle. Il a résisté avec acharnement à la modernité et au changement social. Mais il avait auparavant résisté avec panache à la pire barbarie. Certains font des erreurs de jeunesse. Il a surtout fait des erreurs de vieillesse. Voilà qui mérite l’indulgence…






